Hommage à Serge Benoit

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Serge Benoit

Serge Benoit, un passeur passionné
 

Nous avons appris avec une profonde tristesse le décès de Serge Benoit, survenu le 4 janvier 2026 à l’âge de 75 ans. Sa disparition représente, pour tous ceux qui l’ont côtoyé depuis tant d’années, la perte d’un grand historien et d’un ami fidèle. Son érudition exceptionnelle dans de nombreux domaines en faisait un référent privilégié pour tous les historiens qui se lançaient, dans les années 1980, dans des recherches sur l’histoire et le patrimoine industriel.

Serge était un historien remarquable, acteur majeur des réflexions sur l'importance de l'énergie hydraulique dans «la voie française» de l’industrialisation aux XVIII et XIX siècles. D’autres collègues ont déjà retracé sa carrière et évoqué ses nombreuses publications (1). Nous aurons l’occasion de revenir plus en détail sur son œuvre dans l’article d’hommage à paraître prochainement dans la revue Patrimoine industriel. Des journées d’étude dédiées à ses travaux seront également organisées au printemps 2027, en partenariat avec la Commission Histoire de la Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale, dont il fut l’un des fondateurs en 1995.

J’évoquerai donc ici essentiellement le rôle majeur qu’il a tenu au sein du CILAC. Aux côtés de Louis Bergeron, son directeur de thèse, il a été l’un des premiers adhérents de l’association lors de sa fondation en 1979. Il était déjà investi, aux côtés de Bernard Rignault, dans l’association de sauvegarde et d’animation des forges de Buffon, dont il dirigeait les recherches historiques. C’est donc tout naturellement que son premier article publié dans la revue du CILAC, en 1984 et coécrit avec Philippe Peyre, portait sur les fouilles archéologiques de ce site. Ce fut le premier d’une longue série de contributions, dont l’une des plus marquantes – une étude détaillée sur le rôle de l’énergie hydraulique dans l’industrialisation française du XIX siècle – a été publiée en 1985.

La même année, il est élu secrétaire général du CILAC, fonction qu’il a exercée avec un engagement sans faille. Il devient co-rédacteur de la revue jusqu’en 1991 et coorganise plusieurs colloques nationaux: Toulouse (Les énergies dans le Grand Sud-Ouest, 1985), Lille (1987), La Courneuve (L’industrie, patrimoine de la banlieue, 1988) et Mulhouse (Le patrimoine technique de l’industrie, 1992). Il passe ensuite progressivement le relais à Bernard André à l’occasion du colloque de Trégastel (Le patrimoine industriel, pour quoi faire?, 1994).

Pendant toutes ces années, Serge a été la véritable cheville ouvrière du CILAC. Très impliqué, il ne comptait pas son temps – au point que Louis Bergeron lui a suggéré, en 1995, de quitter le secrétariat général pour se consacrer davantage à ses recherches personnelles. Il est néanmoins resté membre du bureau jusqu’en 1999 et a participé au comité de rédaction jusqu’en 2007.

Tous ceux qui l’ont connu se souviennent de son talent rare de passeur entre les générations, les disciplines et les réseaux. Avec Bernard Rignault et Philippe Peyre, il a fait des forges de Buffon un véritable chantier-école, où les étudiants de la Sorbonne ou de l’École du Louvre côtoyaient d’éminents enseignants comme Gérard Emptoz. Il encourageait chacun à rejoindre le séminaire de Louis Bergeron à l’EHESS, les réseaux animés par Denis Woronoff ou Paul Benoit, ou encore à se rapprocher de Claudine Cartier, Jean-François Belhoste et Paul Smith à l’Inventaire général du patrimoine. Serge a suscité bien des vocations pour la recherche sur le patrimoine industriel chez ceux qui, devenus enseignants, conservateurs ou chercheurs, gardent encore aujourd’hui le souvenir de son soutien.

Nous gardons tous en mémoire les soirées où Serge insatiable parlait avec enthousiasme avec sa faconde légendaire d'histoire des techniques, de politique, d'économie lors de mémorables parties de billard. Son sourire malicieux, son rire inimitable, son écriture reconnaissable entre toutes et sa casquette vissée sur la tête restent dans nos esprits. Il nous a marqués par son érudition, son sens inné de la pédagogie et sa remarquable capacité à rendre accessibles les sujets les plus complexes.

Acteur majeur de la conservation et de la mise en valeur du patrimoine industriel, Serge Benoit demeure présent parmi nous, dans le souvenir comme dans ses œuvres (trop rares). Ce qui, surtout, nous a marqués chez lui, c’est l’attention constante qu’il portait aux recherches des autres, n'hésitant jamais à leur signaler telle ou telle archive qu'il avait pu découvrir et qui pouvait être une pierre susceptible d'enrichir leur travail. Il parlait de tous ses collègues avec chaleur et respect. Il était toujours prêt à partager son savoir avec une exceptionnelle générosité. Pour tout cela, nous n’avons qu’un mot à lui dire: merci.



 

Marie-Laure Griffaton, présidente 

Avec la collaboration de Bernard André, Gracia Dorel-Ferré, Geneviève Dufresne, Gérard Emptoz, Pierre Ickowicz, Agnès Mirambet-Paris, Philippe Peyre, Nicolas Pierrot, Bernard Rignault, Gérard Salagnon et Paul Smith


Serge Benoit réalisant des fouilles aux forges de Buffon.


 

(1) D’eau et de feu : forges et énergie hydraulique, XVIIIe-XXe siècle. Une histoire singulière de l’industrialisation française (PUR,2020).