Au cours du XIX e siècle, les villes françaises de Roubaix et Tourcoing dans le département du Nord sont devenues l’un des plus importants centres des industries textiles en Europe. Ses filatures et tissages attiraient des dizaines de milliers d’ouvriers, venant pas seulement de France mais aussi de la Belgique, à côté. Ces ouvriers étaient logés dans une forme très spécifique de maisons appelées courées. Il s’agissait d’ensembles bâtis étroits, serrés en impasse sur des parcelles derrières les édifices donnant sur la rue. Cette morphologie urbaine est devenue caractéristique de la vie ouvrière dans ces villes textiles. En dépit de leurs conditions d’hygiène très mauvaises, cette forme architecturale a perduré au XXe siècle, même après la mise en place de programmes de logements sociaux.
Ces ensembles, oh combien modestes, sont menacés aujourd’hui.
Des politiques hygiénistes associées à la crise des industries textiles depuis le milieu du XXe siècle ont entraîné la démolition de la plupart des courées dans le cadre de programmes de régénération urbaine ou de promotions immobilières privées. Il ne subsiste qu’une poignée de courées, encore habitées et, jusqu’à un certain point, en assez bon état. La politique actuelle de la municipalité, dans le cadre d’un nouveau plan de rénovation urbaine, représente une menace sérieuse pour les courées qui subsistent. Des changements dans les politiques locales ont supprimé des mesures de protection existantes et engagé des procédures d’expropriation. Les courées témoignent de l’histoire des ouvriers dans ces villes nées de l’industrie textile et constituent le patrimoine de leurs conditions de vie, comme une partie cohérente de l’écosystème industriel de toute la région. Ce sont aujourd’hui des « lieux de mémoire » pour la région et pour leur époque et sollicitent des comparaisons avec d’autres formes de logement ouvrier à travers le continent. Elles sont une invitation à l’interprétation et la compréhension d’une histoire industrielle européenne partagée.